London Insider’s Guide.
West London – le coin le plus rock de la capitale anglaise ? Retour aux origines de The Who, The Clash, Sex Pistols, MIA et Pete Doherty… Oui je sais: Liverpool a les Beatles. Manchester les frangins Gallagher, Joy Division et Morrisey. Les classiques, les icones. Jimi Hendrix a trainé sa guitare et sa toxicomanie du côté Camden, plutôt au Nord de Londres… Mais, l’Ouest londonien ? Vraiment ?
Oui, vraiment. Si on calcule au mètre carré, en terme de génies révolutionnaires et d’influence, West London se pose là. A chaque circonvolution de l’histoire de la pop, un môme issu de la banlieue grisonnante et cosmopolite que forment les quartiers au code postal commençant par W venait s’illustrer comme un des leaders de sa génération. Et je ne suis pas le seul à le dire, une « sérieuse » étude (hum ! ) relayé par NME a calculé que Shepherd’s Bush, épicentre du coin avec une population de 11,000 personnes, avait produit une rock star pour 1,222 habitants – soit le meilleur ratio de Grande Bretagne, battant Liverpool et Manchester.
Shepherd’s Bush, Notting Hill, White City, Acton, Hammersmith – voilà les principaux quartiers qui constituent le bloc Ouest Londonien, à la périphérie de la « zone 1 », le centre de la capitale. Architecturalement dénué de tout intérêt, cet ensemble de quartiers a toujours accueilli une population cosmopolite et très working class – malgré la gentrification déjà bien amorcée de Notting Hill et Shepherds’ Bush aujourd’hui – reflétant les différentes vagues d’immigrations connues par la perfide Albion.
Quelques faits historiques notables afin de définir le background culturel du coin : Exposition Universelle à Sherpherd’s Bush au début du XX siècle, Jeux Olympiques en 1908 à White City (le village olympique se transformera rapidement en gigantesque cité HML après la guerre), et premier point de chute des immigrés antillais dans les années 1950. A ce jour, l’influence des « West Indies » (anciennes colonies britanniques, de la Jamaïque aux Iles Grenades) est encore bien présente : chaque année, lors du dernier weekend end d’août, le carnaval antillais et ses deux millions de fêtards viennent ambiancer Notting Hill à coup de sound systems et de groupes de reggae – le plus gros festival de rue européen tout simplement. La composition très métissée du quartier, bien que loin d’être inédite dans le Londres moderne, a eu une influence prédominante sur le développement des talents du cru.
Flashback. Le Swinging London, les années soixante. Le monde de la pop subit de plein fouet la « British Invasion » menée de front par la Sainte Trinité du rock: les Beatles, les Rolling Stones et enfin les Who. Et ces derniers sont tous des enfants de l’Ouest Londonien, d’ Acton plus précisément, et ses petites maisons mitoyennes de prolo en briques orangées. Tous les membres du groupe firent connaissances au lycée Acton High School (à l’exception de Keith Moon, qui habitait au bout de la rue cependant). Pete Townshend, le célèbre précurseur du cassage de guitare en live et du power chord joué en faisant le moulin à vent, rendra plusieurs fois hommage au quartier : dans « Stardom In Acton », avec un clip tourné localement, et en consacrant un album entier aux glauques barres HLM de White City dans un album concept, White City, A Novel (1985) :« un monde d’enfants prostitués, de rues sombres et d’habitants vivant en cellules avec vue sur les poubelles et une Ford Cortina ». Des lyrics bien joyeux donc, avec un petit côté Dickens du 20ème siècle.
La légende veut que les Clash, pourtant originaires à 50% de Brixton (quartier Jamaïquain au sud de la capitale), se formèrent dans un squat de Shepherd’s Bush en 1974. Leur musique s’en ressent, mêlant rock, ska, funk et reggae, reflétant le melting-pot des environs. A noter aussi qu’un de leur titres emblématiques, (White Man) in Hammersmith Palais, décrit une chaude soirée reggae dans la mythique boite (hélas détruite en 2007) à la jonction de Bush et Hammersmith.
Les Clash partagèrent leurs premières scènes avec un autre groupe destiné à devenir le symbole de toute une génération : les Sex Pistols. A l’origine, ils s’appelaient The Strand, et étaient formé de Steve Jones (guitare et chant), Paul Cook (batterie) et Wally Nightingale (guitare) – ce dernier ne connaitra jamais la célébrité, se faisant dégager du groupe dès l’arrivée de leur manager tyrannique Steve McLaren. Trois racailles nihilistes made in Shepherd’s Bush (Cook vivait dans le White City décrit par Townshend), qui se vantaient de jouer uniquement sur des instruments volés. Jones, en particulier, eu une enfance misérable (père boxeur professionnel absent, placement en foyer, arrestations à répétition pour kleptomanie) et faisait partie à ses heures perdues du gang de hooligans des Queens Park Ranges, le club de foot local (j’y reviens dans le prochain paragraphe). Johnny Rotten et Sid Vicious les rejoindront sous l’impulsion de McLaren, devenant alors les Sex Pistols, provoquant l’onde de choc que l’on sait.
Shepherd’s Bush peut en effet se targuer d’avoir l’un des clubs de foot les plus pittoresques de Londres, les Queens Park Rangers, stagnant actuellement en deuxième division. A la fin des années 1970, le club avait sa petite notoriété, composé de mercenaires aux cheveux longs, qui un jour firent le pari de shooter dans la FA Cup, institution centenaire, exposée sur une table en bordure du terrain par leurs adversaires du jour, les champions en titre. Stan Bowles, ersatz local de George Best, gagna le pari, dégommant la coupe d’une grosse frappe et provoquant une baston massive avec option invasion de terrain par les supporters de Sunderland. L’anecdote illustre le côté indéniablement rock n’ roll de cette équipe de losers magnifiques, qui compte parmi un de ses plus grands fans l’enfant terrible du rock des années 2000, Pete Doherty.
Doherty, dont le père était un officier de l’armée, eut une enfance nomade, vivant dans diverses casernes aux quatre coins de l’Angleterre, et ne déménagea dans l’ouest de la capitale que sur le tard, à 18 ans en tant qu’étudiant. Mais dès son enfance, il développa une bizarre obsession avec les QPR et le quartier : « Quand j’étais gosse, je ne pouvais imaginer un autre endroit pour vivre que la cité de White City, près de Loftus Road, le stade où les Rangers jouent. QPR était le centre de mon existence ».
Doherty écrivait à l’époque un fanzine sur le club « All Quiet On The Western Avenue », qu’il distribuait à la sortie des matchs. Aujourd’hui il rêve d’en composer l’hymne officiel – sur un rythme ska évidemment. L’an dernier, lors d’un concert intimiste dans un pub, une fan lui avait balancé un maillot QPR lors d’une chanson, maillot qu’il a ensuite refusé de rendre, provoquant une énième bagarre de bar. Difficile de l’imaginer avec sa carrure de junkie en train de dribbler, les immondes rayures bleus et blanches de QPR sur le dos, et pourtant, on a pu le voir réaliser son kif de gosse lors d’un match de charité qui l’opposait à Amy Winehouse (la photo fait flipper). Les QPR comptent aussi parmi leur étrange armada de supporters le père du rock gothique Robert Smith, fondateur de The Cure.
Dernier épisode en date de l’histoire d’amour de l’ex-Libertines avec Shepherd’s Bush : son petit séjour en prison, à Worwood Scrubs, au cœur du quartier, en avril-mai 2008. Doherty se vit forcé de faire un peu de temps ferme après une série d’embrouilles avec la justice : conduite en état d’ivresse et non-respect des conditions de liberté conditionnelle (qui stipulait qu’il ne s’approche pas de Londres et arrête la drogue – rien de très contraignant quoi). Ce séjour carcéral lui aura permis de se faire de nouveaux contacts chez les dealers et de côtoyer Keith Richards dans les annales de la prison. En 1967, le guitariste des Rolling Stones avait passé une nuit à Wormwood Scrubs sur les 12 mois prévus pour consommation de cannabis – autres temps, autre mœurs…
Pour conclure, citons la dernière représentante de West London : M.IA. Considéré par le magazine TIME comme un des 100 personnes les plus influentes du monde, la chanteuse aux tendances révolutionnaires que le monde semble avoir découvert avec Slumdog Millionaire revendique ses racines jusque dans l’acronyme qui lui sert de nom : M.I.A signifierait, d’après plusieurs interviews, Missing in Acton, quartier où ses parents, réfugiés Tamil originaires du Sri Lanka posèrent leurs valisent. M.I.A, dont la musique protéiforme a digéré tous les courants musicaux du tiers-monde (dance-hall, musique indienne, baile funk brésilien) dans un ensemble électro-hip hop convaincant, incarne plus que tout autre le visage cosmopolite du Londres moderne des contours de la zone 1 (pour s’en faire une bonne idée, mater le petit documentaire ficelé par Spike Jonze, A Saturday with M.I.A pour VICE magazine. Et histoire de boucler la boucle, notons que Paper Planes, est basé sur un sample des Clash…
Visiter le coin revient à écouter la Face B d’un single célèbre, occulté dans l’histoire populaire du rock.









Pas mal le petit reportage Spike Jonze / M.I.A. !
Et l’article est llllllooooonnnnggggg mais intéressent. ^^
Excellent article très documenté !!