Unknown genius Jay Electronica.
Signé sur un label indépendant (Freaq Records) monté par sa femme – la chanteuse soul Erykah Badu, ex Madame Andre 3000, à qui le célèbre Miss Jackson d’Outkast est adressé, Jay Electronica n’a toujours pas sorti d’album ou de single et n’a ‘officiellement’ à son actif que la production d’un titre sur le dernier Nas, ‘Queens Gets The Money’ – en bref, le profil du parfait inconnu…
Et pourtant, le bonhomme a déjà son entrée dans wikipedia, des groupes de fans sur facebook et pléthores d’articles dans la presse spécialisée. Jay Electronica, le rappeur du Web 2.0 ? Originaire de la Nouvelle Orleans et élevé dans le son du Dirty South puis affuté et endurci par la misère ambiante des cités industrielles du Nord Est (Baltimore, Philly, Detroit), Jay balance depuis 2007 des morceaux sur son Myspace comme un sniper exécute ses contrats – à chaque fois il fait mouche, puis disparaît.
Son chef-d’œuvre (dans le sens, grand ouvrage de bricoleur artisan), s’intitule Act I – Eternal Sunshine (The Pledge) et s’écoute sur son MySpace. Durant 15 minutes, le morceau se développe en différent mouvements telle une composition de musique classique : composé d’extraits de la bande originale du film ‘Eternal Sunshine of The Spotless Mind’, sans aucun beat ni percussion, uniquement soutenu par le flow au scalpel d’Electronica, le tout mixe longs bavardages téléphoniques vantant ses mérites, des extraits de dialogues de films plus ou moins obscurs et une engueulade entre deux gamins Kurdes. Le morceau ne ressemble a rien de connu et souffre probablement de sa longueur, mais il contient de purs moments de génie, et une audace qui lui a valu l’attention des amateurs d’abstract hip-hop et autres fans de rap alternatif. Outre cette carte de visite limite prétentieuse, Jay Electronica a pondu une douzaine de morceaux plus accessibles, pour la plupart basés sur des beats inédits du défunt et cultissime J Dilla. I Feel Good sur son Style Wars EP rappelle le Jay Z de The Blueprint, tout en décontraction et virtuosité – Electronica, en mode déambulatoire dans le quartier, explique pourquoi il est le meilleur MC dans le hood, le tout sans se presser ni se prendre la tête, sans oublier de mentionner l’anniversaire de sa grand-mère.
Exbihit A, posté sur divers blogs en novembre 2008, est une tuerie, dévoilant un aspect plus sombre et sérieux de l’artiste. Bénéficiant de la production léchée de Just Blaze (Jay Z, Touch The Sky de Kanye West entre autres), Jay Elect’ impressionne par son flow posé dominant le semple pluvieux, les cœurs paranoïaques et les accords tranchants du background, rappant sur les élections ricaines sans oublier de conclure sur la situation de la Nouvelle Orléans, ville martyre de l’administration Bush. Hard To Get, basé sur le « funky worm » des Ohio Players, délivre une bonne dose de testostérone sudiste avec un aplomb similaire. My Uzi Weight A Ton, produit par Electronica himself, a une saveur plus gangsta, mais la sophistication du beat minimaliste et ses violons menaçants relèvent le niveau des lyrics. Passer en revue le reste des morceaux prendraient trop de temps, mais ils sont tous certainement dignes d’intérêt – encore heureux vu le temps que le mec passe à produire le moindre son…
Jay n’est pas un homme pressé comme il le sous-entend sur sa page Myspace : ‘my train is on schedule’ (mon train est à l’heure). A 30 passés, s’il parvient à mettre fin à ses tendances procrastinatoires de branleur velléitaire (« Most people wake up everyday and are worried about doing stuff based on time. » a-t-il aussi déclaré en interview), il deviendra peut-être le nouveau Nas, la carrure et l’homonymie avec l’autre king of New York – Jay-Z – en prime – il en a en tout cas les épaules. En attendant, il a achevé une tournée avec Nas et on retrouve sa patte partout sur le dernier album d’Erykah Badu, New AmErykah Part 1., en particulier sur Soldier, le meilleur titre de l’album, où il impose son gout pour les ambiances cinématographiques angoissantes et les chœurs fantomatiques. A part ca, il a réalisé la campagne Gucci mettant en scène Badu fin 2008 et passe sa vie sur Twitter. Un branleur talentueux quoi.
Et un lien pour télécharger sa discographie (et non ca n’est pas illégal)






